Paul-André Proulx

Littérature Québecoises

Lalancette, Guy.

Un amour empoulaillé. Éd. VLB, 2004, 248 p.

Amour de jouvenceaux

Saint-Blaise est un village situé près de Saint-Jean-sur-Richelieu. La promiscuité regroupe en 1960 ses 2000 habitants autour de la vieille église construite en 1893. Un vase clos qui transforme toute vie privée en secret de Polichinelle. L’emmurement s’exprime à travers des lieux fermés propices aux drames villageois, tels que l’asile, le juvénat des frères, la cabane de Saint-Gelais construite en pleine forêt et le poulailler évoqué par le titre. C’est un exploit que d’affronter ceux qui sont embusqués derrière des murs, qui ont des oreilles et des langues de vipère. Et si le cœur du damoiseau bat la chamade pour la demoiselle, il court à sa perte.

Quand Éros s’amène avec son air enfantin, Élisabeth devra se tenir sur ses gardes pour recevoir l’hommage de Simon, un éphèbe, qui s’enfarge devant ses appas en dansant le cha-cha-cha. Amour surgi de la guitare des musiciens, qui troqueront tôt ou tard leurs accords frétillants pour des airs funèbres. On survit difficilement aux amours frappées par l’index du pouvoir ecclésiastique, conféré à l’auguste curé Pisson à Saint-Blaise. Si la population se tient les fesses serrées, il ne faut pas croire qu’elle vit à l’abri du pire. Les impies ont toujours généré des actes impitoyables pour précipiter les âmes pures dans l’abîme. Le plaisir de salir ne sait défaillir. Peu importe l’exil d’infortune choisi par les tourtereaux pour répondre en toute liberté aux appels du cœur, viols ou bourrades les attendront pour s’être soustraits aux normes sociales, à moins de privilégier le suicide, comme les héros de Roméo et Juliette d’Yves Desgagnés.

La cruauté, voire le sadisme, sont associés à la famille dysfonctionnelle, dont est issue l’héroïne. Pour éviter de se montrer complaisant à l’égard de comportements triviaux, l’auteur établit une opposition manichéenne à travers la sagesse de la mère de Simon, une veuve qui compte sa douzaine d’enfants. En somme, Guy Lalancette s’indigne de l’abjection qu’alimente souvent une géographie réduite à l’ombre d’un clocher. L’écriture, peaufinée, recourt avec bonheur aux parenthèses et aux tirets enserrant un certain humour, afin d’offrir une soupape à la douleur du narrateur, le frère et complice du héros. Ce roman, trop bavard cependant, approfondit, avec empathie, une adolescence à l’eau sale, faute d’être bénite.