Paul-André Proulx

Littérature Québecoises



Chen, Ying.

Un enfant à ma porte. Éd. du Boréal, 2008, 155 p.

Avoir ou ne pas avoir d’enfant

Contrairement aux auteurs migrants, Ying Chen, une romancière d’origine chinoise, ne choisit pas comme décor un quelconque créneau identifiable à une aire ethnique ou spatio-temporelle. Ses personnages mêmes répondent à unique lettre de l’alphabet. Monsieur A. est ainsi le conjoint de l’héroïne de ce roman, qui, de L’Ingratitude à Querelle d’un squelette avec son double, poursuit une introspection afin de se définir selon quelque universel englobant tout l’univers féminin.

Un enfant à ma porte aborde la stérilité d’une femme désireuse de développer malgré tout son instinct maternel, à l’instar de Ha Long de Linda Amyot. Mais qu’est-ce qu’une mère ? Avec une lucidité peu commune, elle questionne ses sentiments à cet égard. Elle conclut de sa réflexion qu’elle ne peut échapper au sacre qui la couronnerait comme génitrice. Heureusement, elle découvre, par un beau matin, un enfant abandonné devant sa porte. Par le biais de l’adoption, elle compte prouver à son conjoint qu’elle est une femme complète, voire une mère parfaite. Si Monsieur A. conçoit sa paternité sous l’angle du pourvoyeur, sa conjointe, elle, réalise que la maternité s’examine sous des angles plus complexes. Être mère, c’est un job à plein temps qui la gruge de l’intérieur. Comme la vieille dame indigne du film de René Allio, elle se doit d’envisager des mesures pour se protéger. Ce roman, à l’ère des pensions alimentaires, encourage la femme à transcender tout modèle culturel qui la dissoudrait comme un ver à soie.

Ying Chen porte un dur coup au machisme. Comme dans Ha Long de Linda Amyot, Aki Shimazaki discute d’une question d’une brûlante actualité : avoir ou ne pas avoir d’enfant.