Paul-André Proulx

Littérature Québecoises


Marc, Robitaille


Un été sans point ni coup sûr.
Éd. les 400 Coups, 2004, 138 p.

La Pédagogie du base-ball

L'été 69 a été marquant pour les enfants québécois qui venaient de terminer leurs études primaires. Le rapport Parent avait donné le coup d'envoi à une pédagogie adaptée à l'ère moderne. Le narrateur Martin donne un aperçu de ces méthodes révolutionnaires mises de l'avant par son instituteur. C'est en jouant au monopoly, semble-t-il, que l'on maîtrise les connaissances imprécises à acquérir des nouveaux programmes. Apprentissage magique et sans douleurs.

Avant d'entamer son cours secondaire dans une école polyvalente, aussi populeuse que la majorité de nos villages, Martin doit bien traverser l'été à l'instar de l'héroïne de Lise Tremblay dans La Sœur de Judith. Les deux auteurs évoquent la même année, celle de la marche de l'homme sur la lune, du festival de Woodstock et de la première saison des Expo's. Le jeune héros est fort emballé par ces événements historiques. Pas question de participer à des camps de vacances à se faire dévorer par les moustiques. Il veut parfaire son apprentissage cette fois-ci en jouant au base-ball. Un point à la ligne. Les murs de sa chambre sont déjà tapissés de découpures de journaux montrant ses idoles comme Rusty Staub.

Avec son ami le grand Pete, il tente d'intégrer l'équipe de la paroisse, mais le coach les ignore. Qu'à cela ne tienne, le père du héros n'a pas dit son dernier mot. Oubliant le golf, il forme sa propre équipe, même s'il ne connaît pas grand-chose à ce sport. Belle initiative qui rapproche le fils de son géniteur, aussi silencieux qu'une carpe. Les silences deviennent subitement éloquents à cause de la complicité qu'ils ont réussi à établir entre eux. Ambitieux, le père améliore suffisamment son équipe de laissés-pour-compte, vêtus de chandails de hockey mauves, au point de vouloir affronter les meilleurs, soit les Aristocrates pour lesquels son fils espérait jouer. Le récit repose sur cette importante rencontre devant combler l'orgueil d'un homme, qui veut laver l'affront subi par son fils. Mais avant d'atteindre son but, il doit braver la personnalité colorée de ses joueurs et les réflexions de son rejeton, qui tente de saisir la différence entre une victoire morale et une défaite honorable

Bel été en somme qui initie le héros à la vie adulte grâce au base-ball. Un sport qui le lie à des hommes à la tendresse masquée, comme monsieur B, désemparé devant ses enfants qu'il aime profondément. Ce récit touchant révèle la difficulté d'être parent et celle d'être jeune. L'auteur a su livrer par son écriture toute la fraîcheur de l'enfance, qui se perd dès que l'on met les pieds dans une école secondaire. Comme Lise Tremblay, Marc Robitaille a choisi un dénouement qui projette sans transition nos enfants dans un cadre scolaire trop grand. La psychologie juvénile est servie par un ouvrage pertinent, qui lui offre un corps solide pour l'incarner.