Paul-André Proulx

Littérature québécoise

Meunier, Mathieu.

Un vélo dans la tête. Marchand de feuilles, 2014, 233 p.

De Vancouver au Mexique à vélo

Les voyages forment la jeunesse. Mathieu Meunier le prouve avec ce roman autobiographique. À l'emploi d'Air Inuit, il entrecoupe son travail de formateur pour suivre à vélo la côte du Pacifique. À chacun de ses départs, il ne parcourt qu'un tronçon à la fois de l'itinéraire qu'il s'est tracé. L'objectif atteint, il revient à Kuujjuak, une ville importante du Nunavik, où se trouve le siège social de la compagnie pour laquelle il travaille. Après avoir engrangé quelques pécules, il reprend la route où il l'avait quittée.

Le héros lance son projet à partir de Vancouver, où il se rend en avion. Arrivé à destination, il quitte l'aéroport avec son Péloquin, une bécane mauve déglinguée. Il ne lui est pas venu à l'esprit de se procurer un vélo haut-de-gamme pour un aussi long périple à travers un territoire tout de même accidenté. Il consacre plutôt son argent à le réparer, à se payer des motels miteux pour refaire ses forces et des cafés qui gouttent la cenne noire (monnaie disparue depuis peu). Mathieu est un trentenaire zen qui pratique la simplicité volontaire. Son barda se limite à la stricte nécessité. Il a apporté un sac de couchage surmonté d'un petit abri pour dormir dans un terrain de camping KOA ou sous les ponts ; il ramasse aussi les élastiques qu'il trouve pour fixer ses bagages à la monture d'un vélo agonisant auquel il tient comme à la prunelle de ses yeux. Les misères qu'il s'impose le rendent sympathique. Heureusement, des âmes généreuses le sortent souvent du pétrin. Il en a besoin d'autant plus qu'il ne sait que faire de ses dix doigts.

Peu importe, le héros maintient le cap. Il traverse la côte ouest américaine pour terminer sa course au Mexique. Si le roman ne se limitait qu'au récit de cette randonnée, humoristique tout de même, le lecteur serait vite ennuyé par une aventure qui ne se solderait que par la somme des kilomètres parcourus. Il ne pédale pas en vain. En fait, il est en quête de ce que devrait être l'existence. C'est en dehors des circuits touristiques qu'il découvre le bonheur. Il rencontre des gens heureux malgré leur pauvreté. Son défi routier l'amène à démêler l'essentiel de l'accessoire. Il apprend que ce qu'il cherche réside dans le dépouillement monastique et se réduit à des relations harmonieuses avec ses semblables.

Sa quête s'enrichit de l'expérience de ceux qu'il croise en cours de route et de ceux que la littérature lui a fait connaître. Martin s'arrête dans toutes les bibliothèques rendues célèbres par le passage d'écrivains réputés qui l'ont alimenté par leurs questionnements. Il se reconnaît, par exemple, dans le héros de Volkswagen Blues de Jacques Poulin. Mais il est surtout influencé par Soyouz T. qui a laissé son exemplaire des Portes de la perception d'Aldous Huxley dans une librairie. Il s'est porté acquéreur de cette œuvre, annotée par cette femme de San Diego qui l'initie à la liberté par ses réflexions dans les marges. Ce personnage sert finalement de fil conducteur au voyage du héros qui espère faire sa connaissance. Ne sait-on jamais ?

Derrière une couverture qui conviendrait davantage au Tambour de Gunter Grass, le roman de Mathieu Meunier se présente comme un journal, où se confine le quotidien d'un cycliste en route vers le sud. L'ennui en accompagne longuement la lecture jusqu'à ce que se précisent ses motivations. L'auteur le reconnaît lui-même : " Certaines raisons qui motivent mon voyage me sont connues, évidentes, opaques. D'autres, totalement inconnues, plutôt nébuleuses, un peu gênées, translucides. Elles prennent du temps à se manifester. " Heureusement, Soyouz, dont la quête a précédé la sienne, allume la lumière au bout du tunnel.

C'est une œuvre intéressante, mais qui s'alanguit trop longtemps avant de s'articuler autour d'enjeux existentiels. Mais il reste que le ton s'assure du message à transmettre. La vie est un long voyage, dont on cherche le sens à tâtons.