Paul-André Proulx

Littérature Québecoises

Forget, Marc.

Versicolor. Éd. XYZ, 2011, 238 p.

Médecin sans frontières

Le plus terrible dans une rupture, c’est de perdre la capacité d’émouvoir l’autre. Afin de se prouver qu’il existe, le héros, qui est plutôt le héraut des loosers, a choisi de refaire le monde en offrant ses services à « une multinationale de l’humanitaire ». Les ONG, « drapés dans leur propre légende », comptent bien être vénérés pour leurs exploits plutôt imaginaires. L’auteur, qui est médecin à Puvirnituq, a participé à quelques missions, qui lui ont appris que les coopérants sont laissés à eux-mêmes. Et si l’on n’en meurt pas, on peut toujours se les remémorer en se soulageant d’une maladie tropicale incurable.

C’est le prix à payer de la quête de soi. Le docteur David Dupuis l’a appris à ses dépens. Revenu du Soudan avec une maladie, qui le prive, comme un daltonien, de la dimension versicolore des choses, il passe sa convalescence dans un chalet, où son ami Loïc, l’amant de son ex-femme, lui prodigue les meilleurs soins. Entre les deux hommes s’est développée une amitié presque salvatrice. Mais qui peut oser se prendre pour un rédempteur ? N’inocule-t-on pas plutôt « un peu de sa noirceur » ? « Que sait-on de l’âme de nos amis ? » écrit Loïc, qui a invité David en Argentine, où il tourne son prochain film. Pause réconfortante aux bras d’une compagne d’Afrique qui l’a rejoint à Rio de Janeiro.

Marc Forget, ancien concurrent de La Course, destination monde, a une expérience de vie unique qu’il réussit à partager avec éloquence dans le volet africain. Le volet argentin est raté. Dommage ! Mais quand même, ce roman parvient à traduire le blues de l’humanitaire, déçu comme le businessman que chante Claude Dubois

Au fond, je n'ai qu'un seul regret
J' fais pas ce que j'aurais voulu faire
Qu'est-ce que tu veux mon vieux
Dans la vie on fait ce qu'on peut
Pas ce qu'on veut...