Paul-André Proulx

Littérature Québecoises

 

Desrosiers, Sylvie.

Voyage à Lointainville. Éd. La Courte Échelle, 2004, 198 p.

Les Relations hommes-femmes

Les relations hommes-femmes apparaissent fréquemment dans les romans. Plusieurs auteurs soulignent surtout le mal dont les héroïnes souffrent à cause des carences masculines. Esther Croft a dénoncé le manque de franchise dans De belles paroles. Même Réjean Ducharme a créé dans Gros Mots un héros incapable de satisfaire les attentes de la femme. Quant à Sylvie Desrosiers, elle trace le portrait de tous les hommes à éviter, tout en précisant ce que serait l'homme idéal, c'est-à-dire " celui qui n'est pas là, celui dont on peut dire '' j'ai hâte qu'il revienne'' au lieu de '' j'ai hâte qu'il parte'' ".

Dans Voyage à Lointainville, Léa Latulipe, une écrivaine quadragénaire, cherche donc l'âme sœur. Elle est divorcée et adule son fils de neuf ans dont elle partage la garde avec son ex. Elle profite de cette situation pour accepter une invitation de l'organisateur du Salon du livre de Lointainville, une municipalité fictive du Grand Nord. Elle parcourt en auto les 900 km qui la séparent de ce bled perdu. Ne sait-on jamais, l'amour se trouve peut-être mieux dans un endroit découvert comme la toundra. Chemin faisant, elle s'arrête pour casser la croûte dans un snack-bar. Pendant cette halte, la serveuse attire soudainement son attention sur une voiture qui s'enfonce dans la rivière avec le pont de glace qui vient de s'effondrer à son passage. Oh, surprise! En reprenant la route, elle aperçoit le spectre du noyé assis sur la banquette arrière de sa voiture.

L'auteure exploite cet élément propre à la paraphrénie sur un ton léger, contrairement à Stefen King qui s'en sert pour créer un climat d'épouvante. L'œuvre s'organise autour de ce fantôme à qui Léa confie ses préoccupations affectives et professionnelles. Grâce aux bons conseils de ce guide qui joue le rôle de la conscience, l'héroïne parviendra à faire le point sur sa vie de femme, de mère et d'écrivain. En somme, elle profite des longs moments libres d'un voyage pour mettre de l'ordre dans ses idées. Sa réflexion lui procurera la sérénité voulue pour combattre sa solitude de mère monoparentale, son angoisse de vieillir et surtout de mourir.
Ce roman fait le survol de toute vie humaine, en l'occurrence celle d'une femme aux prises avec la finalité. Ce questionnement propre à la quarantaine comporte son lot d'amertume, mais il se déploie sous le signe de la bonne humeur. C'est une caractéristique des œuvres de Sylvie Desrosiers. Que ce soit comme scénariste du film Nez Rouge ou comme auteure au défunt magazine Croc, elle jette un regard amusé sur des thèmes lourds de conséquence. Cet angle crée une distance qui favorise la lucidité devant des problématiques épineuses. Finalement, elle dit que " le jour où on réalise qu'on ne mourra jamais d'amour, on est enfin sauvé, même si on avance avec au cœur la tristesse infinie de savoir. "

Sous une forme originale, Sylvie Desrosiers poursuit sa méditation sur les relations hommes-femmes déjà amorcée dans Bonne nuit, bons rêves, pas de puces, pas de punaises. Avec une plume simple et amusante qui rappelle Ouf de Denise Bombardier, elle retrace l'itinéraire plus ou moins suivi par la femme occidentale.