Paul-André Proulx

Littérature Québécoise

Shimazaki, Aki

Zakuro. Éd. Leméac, 2008, 149 p.

Les Japonais dans les goulags sibériens .

Dans ses romans, Aki Shimazaki explore l’Histoire plus ou moins connue du Japon. Tsubaki reposait sur l’explosion de la bombe atomique sur Hiroshima, et Tsubame rappelait un tremblement de terre survenu à Tokyo en 1923, dont on attribuait la cause aux Coréens, victimes du racisme nippon. Pas de chauvinisme. Cette auteure québécoise tente d’être objective en stigmatisant les événements marquants de son pays d’origine. Quant à Zakuro, elle fait allusion aux camps de travail sibériens, où furent conduits 600,000 Japonais, accusés d’avoir participé à l’occupation de la Chine lors de la Deuxième Guerre mondiale.

Le roman s’accroche à cette référence que l’auteure dynamise à travers une famille japonaise, victime des déportations ordonnées par l’Union soviétique, qui s’est portée à la défense de la Chine, un pays ami qui a choisi le modèle communisme à son instar. Établi avec les siens en Mandchourie, le père fut expédié, en 1942, vers l’enfer des goulags. Jamais on n’eut de ses nouvelles, même après la libération des prisonniers. Ce n’est que 25 ans plus tard que son fils Tsuyoshi apprit d’un ami qu’il était encore vivant. Après quelques recherches, il le retraça dans une ville près de Tokyo, où il tenait un restaurant, le Zakuro.

La justification de l’absence paternelle forme le nœud de l’intrigue du roman. C’est avec pudeur que l’auteure évente le lourd secret d’un homme frappé par la fatalité. Pas d’éclat pour tenter de mystifier le lecteur. Tout se passe dans le plus grand respect de la volonté de chacun. Aki Shimazaki exploite un angle bien différent de celui de nos auteurs, qui ont tendance à étaler les tripes de leurs personnages en situation de conflit. Même si le drame se présente à l’intérieur de balises qui contiennent les débordements névrotiques, la charge émotive n’en est pas moins vibrante.

Avec un esprit de synthèse incroyable, l’auteure englobe toute la mentalité nipponne à travers l’intimité de personnages attachés aux valeurs de leur pays et ouverts sur le monde au moment même où Nixon exerce une politique protectionniste à l’égard du Japon. Roman émouvant qui trouve son apothéose dans une allégorie merveilleuse à l’effigie du drapeau japonais quand la femme du revenant, atteinte de la maladie d’Alzheimer, tient un zakuro, le fruit rouge du grenadier, sur sa jupe blanche en guise d’offrande pour saluer le retour de son mari.